– Le bilan énergétique est contrôlé chaque jour EN TRANSAT

Nous consommons environ 100 ampères par jour pour le frigo et l’électronique, le pilote ne compte plus car nous avons désormais le régulateur, deux batteries de 110 ampères dont une toute neuve achetée une fortune au Cap vert, sont alimentées par la combinaison : panneau solaire de 130 W et un générateur éolien de 400 W qui fonctionne pratiquement tout le temps si plus de 15 nœuds de vent, ce qui est le cas avec les alizés , et un alternateur de 65 ampères sur le moteur Volvo, une batterie de 90 ampères distincte, pour démarrer le moteur. L’alternateur charge par un boîtier électronique à plus de 45 ampères si la tension est descendue en dessous de 11,5 volts. La tension nette est suivie par un moniteur WAECO numérique dans le carré qui permet de contrôler en permanence les tensions et l’intensité du courant entrant et sortant. Un convertisseur 220 volts, 1 000 watt alimente la lampe tempête du carré le soir et les PC.
– Le DCM enregistre une entrée de courant net positive au cours de la journée en raison des panneaux solaires, et nulle la nuit en raison des feux de navigation LED et du manque de soleil. Les conditions de vent arrière pour l ‘éolienne n’étaient pas très bonnes, le générateur trois pales n’a contribué probablement pas à plus de 50 ampères par jour.
– Les panneaux solaires ont contribué pour 35 ampères, laissant un déficit d’environ 15 ampères par jour que l’on retrouvait chaque matin sur le moniteur, il était nécessaire de faire tourner le moteur pendant environ une heure chaque jour pour compenser et disposer d’un peu d’eau chaude.

DES tortues bleues volantes dès le réveil qui poussent de petits cris sur la mer : elles chassent les poissons volants!

Puis surgit sur la droite, dans un estuaire à 1 000 kms de toute terre, au fond, un tunnel dans lequel Fleur de sail s’engage rapidement avec le courant, il fait noir, un dispositif automatique décroche le mât qui s’encastre dans un tuyau poussé par de l’air comprimé, le bateau sans mât dévale ainsi des kms dans une rivière aux eaux noires et bouillonnantes. Les hommes des égouts nous regardent d’un drôle d’œil, nous qui sommes en tenue légère dehors dans le cockpit et eux, avec leur ciré emmitouflés pour l’hiver. Au fond la lumière du jour réapparaît, le dispositif automatique réenclenche le mât, et nous repartons vers le large, les déferlantes reviennent illuminées sur leur crêtes par des sortes de napperons bretons aux couleurs turquoises.
NON vous n’avez pas rêvé !, je n’ai pas fumé la moquette, je ne me suis pas fait un ail de blanche, Mais moi si., j’ai rêvé, et de plus en plus les images fortes de cette croisière viennent se mixer avec, des situations ubuesques vécues la nuit en rêvant, ou je me réveille parfois avec de grand cris. Et j’ai la faculté de me rappeler de la plupart de mes rêves, dans les moments d’émotions fortes,et ici il y en n’a les images réelles et virtuelles se mélangent et voilà ce que ça donne parfois.

– 10ème JOUR DE TRANSAT : COUP DE VENT plus fort encore LA CAPE SECHE DEVIENT OBLIGATOIRE, LA PEUR SURGIT chez le SKIPPER Ce qui EST RARE

« On est bien peu de chose et mon amie la rose » (des vents) est venue ce matin un peu fraîchement…
Vers 9 h UTC (tous les 15 °, il faudrait enlever une heure en heure locale), la mer devient tout d’un coup très mauvaise, bien que les gribs météo n’annoncent rien que du 21 nœuds.
– Nous nous attendions pour cette transat à un vent de 4 / 5 Beaufort nord est et une mer en rapport avec ces vents. Mais le vent a soufflé rarement à moins de 5 beaufort (21 nœuds) et était souvent beaucoup plus élevé. Les conditions de mer sont devenues vite inattendues , voir agressives.
– Surfer sur le bas de certaines des plus grosses vagues, devenait un exercice de plus en plus difficile, la vue depuis le cockpit n’était pas rassurante, l’ensemble de l’avant de la coque , avec la quille sur le sommet de la vague était en porte à faux au-dessus de la mer, et Hector le régulateur ne savait plus ou donner de la tête : il fallait barrer nous- mêmes. Occasionnellement, nous atterrissons avec fracas, principalement lorsque nous avons été frappés au large par une mer croisée. Dans la cabine avant, le sifflement de l’eau tapant la coque et faisant écho est enivrant.
C’est dans cette configuration que mon ami Follenfant et néanmoins concurrent au championnat du monde de Finn a vu sa coque cassée en deux de nuit lors d’une tempête du Fastnet.
– Souvent, nous avions un système d’ondes et de vagues toutes les 5 secondes venant de l’Est couplées avec une grande houle du nord supérieure à 5 mètres. Quand le vent a dépassé les 30 nœuds, ces mers croisées sont devenus plus confuses que vous ne pourriez le croire -, elles sont entrée en synergie pas du tout quelque chose que vous pourriez vous attendre lorsque vous naviguez paisiblement en cabotage sur l’océan. Ici avec un fetch énorme à mille lieues de toute terre un vent de plus de 30 nœuds prend des proportions qui n’ont rien à voir avec ce que l’on connaît chez nous à 20 milles des côtes. En fait, sur la route des alizés, le vent n’est pas si régulier qu’on le dit, les bourrasques sont fréquentes et variées dans leur intensité, seule la direction du vent (NE) est stable en dessous du 10ème parallèle.
Pour la première fois, on se dit que FLEUR DE SAIL avec ses 10 m 50, c’est un peu court et que pour une transat en sécurité 12 mètres de long avec un franc bord un peu plus haut, c’est mieux. Un mur de 6 mètres d’eau essaye de nous rattraper toutes les dix secondes et pousse le cul du bateau de 30 degrés mais cette fois FLEUR DE SAIL ne revient pas sur sa route, ni les 2 pilotes électriques, ni le régulateur d’allure ne peuvent barrer et il faut au moment le plus dangereux, affaler la trinquette de 16 m2, enlever le tangon, et sortir barrer. Yveline courageusement part à l’avant enlever le tangon et affaler la trinquette qui malheureusement n’est pas sur enrouleur. L’éolienne s’emballe impossible de l’arrêter, elle fait un boucan d’enfer, finalement je grimpe difficilement dans le portique secoué dans tous les sens pour la ficeler, on met le moteur en avant lente pendant 6 heures à sec de toile. Une dizaine de déferlantes viendront me tremper le corps pendant ces six heures en passant par dessus le cockpit. A 15 h, la mer revient un peu plus calme, et on renvoie la trinquette sur bâbord avec le tangon. Malgré la tension et la taille des creux, muni de mon harnais, je prends quelques films et photos.

– TROISIEME NUIT DE TEMPETE AU 11ème PARALLELE

Nous dormons à plat ventre, jambes écartées pour ne pas être sans arrêt ballotés, retournés, mais le corps fait des bonds de 10 cm sur la couchette. L’estomac subit sans arrêt des compressions.
A 5 h 15 dans un vrombissement énorme une déferlante latérale vomit ses tonnes d’eau dans le cockpit. Heureusement la porte en plexi épais du bas de l’entrée est à poste et seulement quelques litres d’eau rentrent dans le carré. La force de cette vague a précipité les pare-battages amarrés à la filière dans le carré et soulevé les planchers du caillebotis. Heureusement, personne n’était dans le cockpit compte tenu de l’état de la mer, la veille se faisait de l’intérieur aux instruments, car nous n’avons rencontré qu’un seul bateau sur 1000 milles depuis le départ du Cap vert. Et pour tout dire, on espace les regards à l’extérieur qui avant étaient tous les 20 mn, à une heure et on met un compte minutes pour se réveiller régulièrement et jeter un œil dehors.
A l’intérieur du carré, que nous sommes obligés de laisser fermer, il fait une chaleur étouffante : 26 ° à 28 °, nous ne sommes qu’à 1 000 milles de l’équateur.

– NUIT DU 19 02 : POSITION AU 36 OUEST et 10ème parallèle deuxième coup de vent

Un coup de vent resurgit à nouveau à la tombée de la nuit, il met KO Hector puis le pilote raymarine, Il faut désormais barrer à la main ! J’interviens sur le pilote qui repart mais sans rien afficher et travaille en aveugle, le vent dépasse régulièrement les 28 nœuds, et le bateau les 7 nœuds au 310 compas soit 290 ° sur les cartes, avec un tout petit mouchoir de poche de génois seulement, c’est impressionnant de voir fleur de sail avec ses 6 tonnes 5 , courir de vagues en vagues dans le noir le plus absolu et évidemment dans ce vacarme, puis une déferlante gigantesque vient gifler le tableau arrière dans un vacarme assourdissant et l’affichage du pilote réapparaît.
Pour la deuxième nuit consécutive, il est impossible de dormir en cabine. Les quarts à deux, ça devient plus dur. Point positif : Le totalisateur journalier dépasse désormais les 140 milles par jour ! Je retrouve les sensations des bords de planning au surf lors des championnats de France de Finn que j’avais gagné par fort vent.

les poissons volant recueillis le matin

les poissons volant recueillis le matin

– NUIT DU 18 02 : PREMIER COUP DE VENT

Alors que toutes les voiles étaient bien réglées, la route toute droite avec hector ,le vent monte brutalement à 31 nœuds et il faut rapidement ariser le génois plus loin que le troisième ris, tout le monde est sur le pont (on est que 2), Hector a beaucoup de mal à garder son cap, les vagues dépassent 4 mètres, personne ne dort, ça couine de partout et nous entamons la chasse aux bruits. Une fois tout réglé, il faut veiller et cette fois la position de veille devient couché sur la banquette du carré (pour le skipper), les pieds vers l’avant, le feu de hune allumé pour éclairer les voiles que l’on voit au travers des hublots zénithaux, quand on n’est couché sur la couchette de quart du carré, génial non ? Enfin, sauf que pour se reposer c’est ok mais pour dormir avec des pointes à plus de 7 nœuds dans les descentes de vagues, il faudra attendre un peu…, dérive relevée, le bateau fait des embardées de plus de 20 ° de chaque côté et la gite nous propulse sans arrêt sur le bord opposé.
Le vent est irrégulier, et il faut sans arrêt se lever pour régler l’angle de barre, dans 4 jours nous sommes au waypoint 10 N 45 W qui représente la moitié horizontale de la transat. Pour épouser la rotondité de la terre, il faut ensuite remonter au 11ème parallèle, et on gagne ainsi 37 milles ! Désormais, le bateau glisse sur un manteau blanc et des gerbes d’écumes apparaissent de chaque côté du tableau arrière avec la lampe frontale car la lune est absente. Ces sorties multiples en slip et manches courtes par 25 ° C de nuit ne sont finalement pas si désagréables, il n’y a toujours aucun bateau en vue depuis 5 jours, alors il faut bien trouver des excuses autres que la veille pour sortir de la cabine

çà déferle dans le cookpit !

çà déferle dans le cookpit !

– PECHE AU GROS, C’EST PARTI ENFIN !

Un énorme bruit dans le moulinet qui vire de 45 ° sur le portique, je fonce, ça y est, nous avons un espadon d’eau moins 2 mètres 50 pris au piège, le moulinet se déroule à toute vitesse, malgré son frein à tambour, et j’ai bien du mal à l’arrêter avec les deux mains, il doit être énorme, millimètre par millimètre je ramène péniblement les 150 mètres de câble de nylon de 100/100ème , pour m’apercevoir que ce n’était…. qu’un paquet d’algues gros comme une tortue.
Depuis le début de cette étape qui est la plus longue, les poissons m’ont avalé 4 rappala, à 15 EUROS le rappala ! , et nous n’avons rien péché ! Ils arrivent à cisailler le fil de pêche qui fait pourtant 1 mm, et je me dis qu’il y a désormais 4 gros poissons qui doivent avoir de sérieuses crampes à l’estomac vu la taille des hameçons qu’ils ont avalés.
Parfois ce sont les oiseaux qui sont attirés par nos leurres de pêche
Les pétrels des tropiques nous ont captivés tous les jours avec leurs magnifiques démonstrations en vol, ils glissent sans effort dans les creux de vagues avec leurs bouts d’ailes qui servent de dérive, et plongent en piqué brutalement sur leurs cibles.

on n'appate avec les poissons volants de la nuit

on n’appate avec les poissons volants de la nuit

çà tire très fort !

çà tire très fort !

et voilà la pêche du jour, que des algues !

et voilà la pêche du jour, que des algues !

– AU MENU, ALGUES ET POISSONS VOLANT

Depuis le départ plus nous allons vers l’équateur plus la pale d’Hector et l’hélice sont envahies par les algues, il faudrait plonger. L ’hameçon du rapala traîne aussi les algues. Le matin au réveil, des poissons volants sont retrouvés chaque jour sur le pont. (voir photo ).
Il faut virer régulièrement ces algues qui nous font perdre jusqu’à 1 nœud à l’heure. La route du bateau est instable car le réglage des voiles entre vent arrière et grand largue dans un alizé qui souffle entre 13 et 25 nœuds est difficile à optimiser avec la hauteur des vagues , donc on zigzague pendant 4 jours au gré des surventes, et chacun y va de son commentaire pour dire ce qu’il faut faire pour éviter aux voiles de fatiguer, enfin il apparaît après réunion de l’équipage et debriefing, que le bon réglage est génois au vent tangonné avec deux ris et trinquette tangonnée sous le vent cette fois, la moyenne dépasse 5 ,5 nœuds, on retrouve le cap géographique d’origine à 280 ° en route orthodromique, avec une déclinaison de près de 19 ° à cet endroit soit 300 ° au compas ! FLEUR DE SAIL tremble de bonheur, malgré plus d’ une tonne de matériel en tout genre et d’avitaillement pour 30 jours et sans grand voile puisque les essais ont montré qu’elle redescend la vitesse à 4,75 nœuds, ce qui nous arrange bien car elle est vieille et il faut l’économiser .
DSCF2601ALGUES

– DEPART POUR LE GRAND SAUT DE L’ATLANTIQUE LE 11 02 VERS TOBAGO 2300 miles vent arrière sous trinquette jumelles tangonnées

PREMIER SOLEIL COUCHANTAprès un départ un peu de tension à bord, avec bout dans l’hélice, et une vidéo de Jean Marc, au moment du plein de gasoil, j’ouvre l’orifice pour approvisionner l’eau douce, br…., puis nous fonçons sur une frégate militaire allemande en manœuvre machine arrière qui nous rappelle à l’ordre avec un coup de corne de brume à réveiller les morts ! Nous attendons « Petit prince » pour naviguer en escadre, mais Le LACOSTE 42 pieds de Claude nous aura doublés et mis hors de portée de VHF en 36 H.DSCF2607TRINQUETTE JUMELLES

– LE RAGAIL DE JEAN MARC ET LE DEPART DE TRANSAT

DSCF2561langouste au pica pauJean Marc a déjà vécu aux Antilles et c’est à un délicieux ragail sur la Mourgate que nous avons été conviés, puis départ avec un peu de stress , un bout dans l’hélice au départ du ponton, plongeon pour se dégager de l’hélice qui a fait caler le moteur, et c’est avec un peu d’émotion et de stress le grand départ, en escadre avec « LE PETIT PRINCE » avec qui nous faisons des vacations VHF , un plein de gasoil à O,55 € le litre, après 10 milles , un requin qui a vu notre rapala apparaît sur la jupe arrière environ 3 mètres cinquante la bête, mais il ne se fait pas prendre au piège, et s’éloigne peu après, 24 heures que nous sommes partis et 105 milles en 24 heures, à priori on part pour 19 jours sans toucher terre.